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Des fleurs dans le vent

Des fleurs dans le vent

Ristic, Sonia
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 18,00 €
lundi 21 mai 2018 5 étoiles

« Personne n’ose provoquer l’avenir. Il faudrait être fou pour provoquer l’avenir. »
Naissance de l’amour, film de Philippe Garel.

Les lumières dansent dans la cage d’escalier, boulevard Barbès. Le yukka de la concierge n’est pas le seul à souffrir de cette période où l’âge fait défaut pour Summer, Douma et JC. Les trois amis se retrouvent quotidiennement et depuis leur prime enfance, dans ce hall. Triskèle de notre mémoire commune, face à l’écran le 10 Mai 1981. La tête de tonton, nos parents crient de joie ou de colère, c’est selon. On se souvient encore de l’image pixellisée du nouveau président. Entre les pages, le kaléidoscope d’une génération désenchantée. La politique s’use. Que nous soyons fille de bobos, post 68, comme Summer, ou fils d’immigrés, bosseurs et acharnés pour se faire une place dans un « nôtre pays » comme Douma ou encore fils de ceux qui expriment leurs peurs à coups de poing pour souligner leur regard haineux sur les différences, comme JC. Nous sommes tous enfants de ceux-là et cette souffrance suggérée par Sonia Ristic dans les pas de côté. La mémoire partagée s’impose au fil du texte. C’est l’histoire d’une jeunesse qui emprunte le chemin de la vie sans savoir où il mène ; c’est la voie actuelle sans reconnaissance matérielle ni reconnaissance sociale. Des Fleurs dans le vent nous fait partager ce quotidien de trois jeunes amis, leur choix de vie, parfois marginal, tantôt léger ou grave, sur plusieurs années de 1980 à 2000 et les majorités silencieuses de nos souvenirs en commun. Des fleurs dans le vent: des fleurs vivaces pour certains, des mauvaises herbes pour d’autres. Fragments de différentes époques de leur vie, leur histoire est constamment reliée à la nôtre. Une fiction flottante sur la différence au moment où la République est allée trop loin sur le chemin du désamour de ses enfants.
« [...] ne laissez jamais la couleur de votre peau vous définir. Ne laissez surtout jamais personne vous définir par rapport à ce qu’il voit dans cette couleur de peau. »
J’ai été troublée en refermant le livre de Sonia Ristic, en laissant ces fleurs au vent quand la poésie, la vérité et la beauté surgissent des bouches des égarés, dans leur urgence de vivre à l’heure où la jeunesse vacille au cœur des tempêtes de notre siècle.
Des Fleurs dans le vent de Sonia Ristic, éditions Intervalles.


Petites histoires de nuit

Petites histoires de nuit

De Kitty Crowther
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 11,00 €
mardi 07 novembre 2017 5 étoiles

Raconteuse d’histoires, Catherine Crowther installe toujours une empreinte singulière en littérature jeunesse. Observatrice, elle traduit avec justesse et tendresse les attitudes, les expressions et les petites et grandes questions des plus jeunes.
Elle publie des histoires fortes, donne vie à des personnages attachants et énigmatiques à l’égal de Poka et Mine.
Pour elle, le dessin est aussi une forme d’écriture, même s’il n’a pas de loi grammaticale. Un livre pour enfant c’est « cette forme d’art pensée pour communiquer. » Dans ses albums, on retrouve la blancheur de la neige, le silence de la forêt, la lumière des îles nordiques. Dans ce nouvel album, Petites Histoires de nuit, le rose prédomine comme un écho à la douceur du rêve. Elle donne une présence consciente aux personnages comme les animaux, et une fois encore, la fantaisie préside à la création. On note une énergie du trait pour chaque historiette afin de transmettre ce que l’on ne saisit pas toujours très bien dans la vie, une compréhension sans mots, sans jugements, sans morale. Lorsqu’elle dessine, Kitty Crowther écrit des mots. L’aventurière de l’image propose ici des sentiers peu fréquentés. Les lieux n’ont pas de règles, ils sont à imaginer.
Petites Histoires de nuit propose une grande lecture visuelle des gens par le biais de trois petites histoires que maman Ours raconte à son enfant. Celle d’une mystérieuse gardienne de nuit, puis celle de l’aventureuse Zhora et enfin le singulier Bo. Au creux de chacune d’elles, le repos et la tension s’unissent. Et les personnages en marge prennent vie et prennent toute la place au fil des pages. L’inquiétude n’est plus tue ni masquée dans le déploiement de la nature. L’auteur dessine du visible et de l’invisible.
En refermant ce magnifique album, on respire un parfum oublié propice aux émotions.
Petites Histoires de nuit, Pastel, École des loisirs, Novembre 2017.


Le rêveur des bords du Tigre

Le rêveur des bords du Tigre

Hussain, Fawaz
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 16,90 €
jeudi 02 novembre 2017 5 étoiles

Farzand, kurde d’origine, est porteur d’une filiation silencieuse et rassemble les chaînons de son histoire familiale. Le déraciné quitte Paris pour revoir Amoudé, une ville syrienne à la frontière turque, sous le joug de la guerre civile. C’est à Diyarbakir, capitale du Kurdistan en Turquie qu’on lui souhaite, tel un étranger, la bienvenue. Lui, l’ enfant d’une histoire douloureuse, celle d’un peuple éclaté entre plusieurs pays.
Le Kurdistan c’est l’histoire des morts, celle de l’opération Anfal et d’incessants massacres , c’est l’histoire d’ une géographie absente et morcelée . Le narrateur fait résonner la mémoire des lieux et donne corps et décor à des voix silencieuses, comme celles de Stèr et du mystérieux oiseau. À chaque famille, ses fantômes.
La carte postale de Farzand est un chromo bien fatigué « [...] je vis le Tigre charriant ses eaux boueuses et sa résignation face à tant d’injustice. »
Du déracinement au déchirement, notre identité change-t-elle quand nous passons d’un pays à l’autre, d’un monde à l’autre? La déchirure fait de Farzand un oiseau migrateur avec la littérature comme boussole. La littérature est puissante et les petites histoires humanisent cette grande Histoire du Kurdistan, entre poussière et vent. Sa rencontre avec Mirza, jeune vendeur de pépins de pastèque bouillis lui offre l’errance où s’agrègent les réminiscences du Petit Prince de Saint Exupery. Même s’il pressent le cataclysme pour son peuple, l’auteur crie dans ce texte sa confiance en l’imaginaire comme éternel socle commun.
Lire Fawaz Hussain c’est écouter ce que les exilés ont à nous dire avec cette conscience aigüe de la contingence du monde. On ne naît pas seulement d’un père et d’une mère mais d’une histoire. Quand la religion du journaliste est celle de l’individu quelconque, celle de l’auteur fait ressurgir la sève de l’âme kurde. L’exilé attrape des langues en passant. Il dissocie la chose et le mot qui la définit. Ainsi la langue n’est pas fiable, seuls comptent la parole et le récit. Au cœur du déchirement se soulève la question capitale du rapport à la langue. Elle devient langue de soumission et du camouflage comme celle du faux sage du caravansérail de Hasan.
Une plume virevoltante entre réminiscences et mystérieux permet une éclatante exploration de la question kurde et celles sous-jacentes de l’exil et de la langue. Le livre se déploie autour des rencontres dans les ruelles d’un pays perdu, le long des eaux tumultueuses du Tigre. Mêlant l’individuel et le collectif, Fawaz Hussain élève la tragédie de son peuple au rang d’un conte universel. De vent et de sable sont les pas de Farzand, il est le voyageur et le chemin, riche de son présent au-dessus de la terre qui le porte, royaume de poussière et de vent.
« Il y a des voyages qu on ne fait qu’une seule fois dans sa vie, à la grande heure des ombres ».
Le Rêveur des bords du tigre de Fawaz Hussain , Les Escales, Octobre 2017.


Le rêveur des bords du Tigre

Le rêveur des bords du Tigre

Hussain, Fawaz
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 16,90 €
mercredi 01 novembre 2017 5 étoiles

Farzand, kurde d’origine, est porteur d’une filiation silencieuse et rassemble les chaînons de son histoire familiale. Le déraciné quitte Paris pour revoir Amoudé, une ville syrienne à la frontière turque, sous le joug de la guerre civile. C’est à Diyarbakir, capitale du Kurdistan en Turquie qu’on lui souhaite, tel un étranger, la bienvenue. C’est l’ enfant d’une histoire douloureuse, celle d’un peuple éclaté entre plusieurs pays.
Le Kurdistan c’est l’histoire des morts, celle de l’opération Anfal et d’incessants massacres , c’est l’histoire d’ une géographie absente et morcelée . Le narrateur fait résonner la mémoire des lieux et donne corps et décor à des voix silencieuses, comme celles de Stèr et du mystérieux oiseau. À chaque famille, ses fantômes.
La carte postale de Farzand est un chromo bien fatigué « [...] je vis le Tigre charriant ses eaux boueuses et sa résignation face à tant d’injustice. »
Du déracinement au déchirement, notre identité change-t-elle quand nous passons d’un pays à l’autre, d’un monde à l’autre? La déchirure fait de Farzand un oiseau migrateur avec la littérature comme boussole. La littérature est puissante et les petites histoires humanisent cette grande Histoire du Kurdistan, entre poussière et vent. Sa rencontre avec Mirza, jeune vendeur de pépins de pastèque bouillis lui offre l’errance où s’agrègent les réminiscences du Petit Prince de Saint Exupery. Même s’il pressent le cataclysme pour son peuple, l’auteur crie dans ce texte sa confiance en l’imaginaire comme éternel socle commun.
Lire Fawaz Hussain c’est écouter ce que les exilés ont à nous dire avec cette conscience aigüe de la contingence du monde. On ne naît pas seulement d’un père et d’une mère mais d’une histoire. Quand la religion du journaliste est celle de l’individu quelconque, celle de l’auteur fait ressurgir la sève de l’âme kurde. L’exilé attrape des langues en passant. Il dissocie la chose et le mot qui la définit. Ainsi la langue n’est pas fiable, seuls comptent la parole et le récit. Au cœur du déchirement se soulève la question capitale du rapport à la langue. Elle devient langue de soumission et du camouflage comme celle du faux sage du caravansérail de Hasan.
Une plume virevoltante entre réminiscences et mystérieux permet une éclatante exploration de la question kurde et celles sous-jacentes de l’exil et de la langue. Le livre se déploie autour des rencontres dans les ruelles d’un pays perdu, le long des eaux tumultueuses du Tigre. Mêlant l’individuel et le collectif, Fawaz Hussain élève la tragédie de son peuple au rang d’un conte universel. De vent et de sable sont les pas de Farzand, il est le voyageur et le chemin, plein de son présent au-dessus de la terre qui le porte, royaume de poussière et de vent.
« Il y a des voyages qu on ne fait qu’une seule fois dans sa vie, à la grande heure des ombres ».
Le Rêveur des bords du tigre de Fawaz Hussain , Les Escales, Octobre 2017.


Maestro

Maestro

De Cécile Balavoine
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 18,00 €
dimanche 16 avril 2017 5 étoiles

"Qui suis-je, que suis-je dans votre vie? L'objet d'un désir passager? Une femme dont vous direz un jour que vous l'avez aimée? Est-il possible de n'aimer qu'une seule femme?"
Le quatuor des dissonances. Köchel 465. Les croches angoissées du violoncelle. Les terreurs nocturnes des deux violons et de l'alto. Et les phrases ténébreuses de celle qui voue une tendre passion pour Mozart depuis sa prime enfance. La pulsation irrésistible des phrasés qui s'envolent. Et toi lecteur tu entends la musique, les mots prennent vie dans ce corps de femme, les notes s'envolent du livre dans un esprit de recueillement. L'âme amoureuse fugue au-delà des pages et des chapitres.
La naissance d'une grâce, celle du sentiment amoureux comme un supplément d'âme entre Cécile et le maestro.
L'écriture tel un legato, sans rupture ni temps mort, offre une intensité modulée du sentiment amoureux. L'amour comme la musique ne s'épuisent jamais sous la plume de Cecile Balavoine. Une extraordinaire mélodie sourd des mots. Une partition littéraire de toute beauté, refermée comme à la dernière note d'un concert envoûtant avec un profond silence. Après Mozart, Le silence qui suit est encore du Mozart.
Exsultate jubilate des deux corps dans l'étreinte fulgurante, plongés dans les draps brûlants. Les yeux ouverts dans la nuit. Cet homme de l'autre côté de la vie qui feuillette son visage après chaque concert. La lente passion, les heures ardentes au chevet des notes et le visage de celle qui aime dans cette vie où on ne peut rien faire qu'échouer...
Le manque devient lumière au fil des pages. Cécile revient du passé, enlève les briques du mur du temps pour offrir une définition satisfaisante de l'amour. L'abandon de l'homme aimé après chaque concert est un tremblement de terre que la bête du cœur tente d'apaiser.
Les vaines paroles sur l'amour s'éteignent et le Requiem explose.


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