Il Suffit d'une Balle, Mais tout s'explique...

Il Suffit d'une Balle

Mais tout s'explique...
De Grégoire Lacroix
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 12,00 €
lundi 09 septembre 2019 5 étoiles

Ah Grégoire Lacoix ! Pour le lire, mettez de côté votre bon sens, votre esprit cartésien et laissez-vous porter par le second ou le troisième -voire plus si affinés- degré, l'humour, l'absurde, les jeux de mots parfois subtils, parfois faciles -souvent ceux qui me font le plus rire, car plus faciles à voir-, les situations abracadabrantesques. Rien, dans son livre n'est sérieux. Encore que l'on puisse penser que l'humour est une chose sérieuse, sans doute, le héros surdoué de cet ouvrage aurait une réponse à cette question. Que dis-je ? Sans doute dans le sens de peut-être ? Sans nul doute il en aurait une puisqu'il en a pour tout questionnement du plus futile au plus complexe. Et en a-t-il une pour qualifier son livre, car ni polar, ni essai philosophique, il est bien ardu de le classer. En fait, comme un grand gamin, Grégoire Lacroix joue dans toutes les cours et ne s'empêche rien, et comme un autre grand gamin, j'adore !

Lire Grégoire Lacoix, c'est donc prendre une bonne dose d’optimisme et de rigolade, histoire d'affronter ensuite les vicissitudes quotidiennes ou hebdomadaires enfin qu'importe leur fréquence, et les romans moins drôles de la rentrée. Grégoire Lacroix est donc, dans ce petit livre, fidèle à lui-même, drôle et décalé, absurde, allaisien -il est d'ailleurs Membre de l'Académie Alphonse Allais-. Si vous doutez encore que ce livre peut vous faire du bien, relisez tout ce que j'i déjà écrit sur ces précédents ouvrages : "Jazz Band", "Eros Héros sept", "Le bictionnaire de Grégoire", "Les euphorismes", "Les patates parlantes", "L'enfer du dossier Li". Et en plus d'être drôle, c'est un homme de goût, puisqu'il publie dans cette petite et très belle maison Flamant noir.


Graines de bandits

Graines de bandits

De Yvon Roy
En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 18,00 €
lundi 09 septembre 2019 4 étoiles

Canada, 1973, un couple avec deux enfants, deux jeunes garçons, décide de quitter la ville et de s'installer à plusieurs centaines de kilomètres. Tout est à y faire, mais rien ne se déroule comme prévu. Sauf pour les deux garçons qui trouvent là un domaine vaste, un espace pour jouer et tenter moult aventures et inventions. Si la découverte de la nature et des grands espaces de jeu et la confrontation-amitié avec les autres enfants du coin les comble, le climat familial se détériore très vite.

Yvon Roy que j'ai découvert avec "Les petites victoires", un roman graphique sur l'autisme, en grande partie autobiographique, continue dans la veine de l'autobiographie en racontant un été de son enfance, l'un de ceux qui transforment. Il est l'un des deux garçons qui fuient l'atmosphère pesante et hurlante de la maison pour s'inventer des histoires.

Le dessin est en noir et blanc, il exprime à la fois la dureté et la violence des crises dans le couple et la tendresse pour les deux garçons qui découvrent, inventent, rencontrent. Les personnages sont mis en valeur, leurs émotions et sentiments, la manière dont les rencontres et les faits les changent. C'est une très belle bande dessinée sur l'enfance et la découverte du monde des adultes. Un livre tout public qu'il serait dommage de ne laisser lire qu'aux enfants.


Imaginez

Imaginez

De Raphaël Enthoven
Illustrations de Jiang hong Chen
En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 12,00 €
lundi 09 septembre 2019 4 étoiles

Imaginez est une émission diffusée sur ARTE qui parle de philosophie. De cette émission est né ce livre destiné aux adolescents, mais qui peut bénéficier d'une diffusion plus large, dans lequel le philosophe aborde 43 sujets aussi différents que la mort, la honte, l'amour, le silence, la beauté,... Ces courts textes sont superbement illustrés par Chen Jiang Hong, la couverture en est un bel exemple, ce chat est son personnage récurrent soumis à toutes sortes de transformations. Ses illustrations souvent drôles, appuient le texte et parfois le renforcent en y apportant un angle un peu différent.

Pour le texte, Raphaël Enthoven, s'il est compréhensible par tous, ne fait pas dans le langage adolescent et reste donc, fort heureusement, pédagogue. Tous les thèmes abordés ne résonnent pas de la même manière, mais certains touchent, comme par exemple cet extrait de la chronique Le silence dans l'ascenseur :

"Il faut soigneusement choisir la personne en face de qui l'on peut se taire. Se taire face à quelqu'un qu'on ne connaît pas, c'est partager une véritable intimité avec cette personne." (p. 22)

Ou celui-ci, tiré de "L'art du débat" :

"Pourquoi est-il impossible, impensable, que deux candidats qui débattent à coups d'arguments finissent par s'entendre ou par reconnaître qu'ils ont tort ? Parce que les candidats ne débattent pas, mais combattent. Parce qu'ils ne sont pas là pour se contredire, mais pour s'opposer. Parce qu'ils ne cherchent pas à avoir raison, mais à avoir raison de l'autre. Bref, parce que les débats sont des dialogues de sourds uniquement destinés à convaincre ceux qui sont déjà convaincus." (p. 44)

Si les politiciens faisaient un peu de philosophie et preuve d'un peu plus d'humanité et d'humilité, ils seraient plus crédibles.

Très beau livre à laisser traîner pour que chacun puisse picorer dedans à son rythme.


Un monstre et un chaos

Un monstre et un chaos

De Hubert Haddad
En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 20,00 €
mercredi 04 septembre 2019 4 étoiles

Ce roman aurait pu être un énième roman d'un garçon pendant la guerre. Mais il y a la patte Hubert Haddad qui change tout. D'une part il place son héros fictif dans un contexte réel -Chaïm Rumkowski et comparses ont réellement existé- et apporte donc des éléments d'une terrible réalité inconnue ou oubliée. Pour ma part, j'avoue que je connaissais un peu le ghetto de Varsovie, mais pas celui de Lodz, et comme savent ceux qui me lisent régulièrement, j'aime beaucoup les romans qui sont ancrés dans un contexte réel, ils m'apportent beaucoup sur la connaissance de faits historiques et me sont souvent plus faciles à lire que des essais. D'autre part, Hubert Haddad use d'une langue particulièrement gracieuse et élégante. Les tournures de phrases dans lesquelles peuvent cohabiter la plus belle nature et la vision la plus terrible montrent combien cette guerre fût cruelle, terrible : "Á moins de cent mètres, deux camions militaires s'étaient rangés le long d'un mur de cimetière, sur le bas-côté d'une route perdue au milieu des chaumes du plus bel ocre visités par des nuées de freux et de sansonnets. Des soldats bottés et casqués, fusil en bandoulière, descendirent du second véhicule et firent descendre à coup de crosse des jeunes gens du premier, garçons et filles, les mains ligotées dans le dos." (p. 64)

Je pourrais prendre n'importe quelle page de ce somptueux roman pour citer une phrase qui touche, émeut, par son contenu et/ou sa construction. L'écriture nécessite parfois de prendre son temps pour ne pas se perdre, on peut se laisser bercer par le plaisir des mots sans chercher à en saisir le sens et il faut donc y revenir parce que l'histoire du ghetto et d'Alter est importante et passionnante.

Fidèle à son oeuvre déjà remarquable, Hubert Haddad écrit là un roman fort et touchant, instructif, avec des personnages -je ne parle évidemment pas des bourreaux- d'une grande humanité. Sans doute, je l'espère, l'un des romans marquants et remarqués de cette rentrée.


Le pays des pas perdus

Le pays des pas perdus

De Gazmend Kapllani
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 17,00 €
mercredi 04 septembre 2019 4 étoiles

Ce que j'aime chez Gazmend Kapllani, c'est que ces romans sont écrits dans une langue simple, très abordable (voir "La dernière page", son roman précédent, déjà traduit par Françoise Bienfait), qu'ils sont courts et denses et qu'ils abordent des questions à la fois personnelles, individuelles et collectives. Cette fois-ci, c'est le changement des pays qui ont longtemps été dirigés par des régimes autoritaires et les bouleversements d'après 1989 et la chute du mur de Berlin, l'entrée dans l'Union Européenne et l'ouverture au capitalisme, ...

Mais c'est aussi la confrontation de deux visions du monde : le nationalisme qui monte un peu partout avec l'arrivée au pouvoir de gens aussi ouverts et sympathiques que les présidents ou dirigeants des États-Unis, du Brésil, d'Italie, Hongrie, et j'en omets. J'aime bien l'extrait suivant qui résume cela (c'est Frederick qui parle) : "Je me souviens d'un jour où notre père nous expliquait ce que signifient la faille, la nation, les racines. Karl avait rétorqué : "Les créatures humaines ne sont pas des arbres avec des racines. Les hommes ont des pieds et des rêves, ils veulent voyager, mais vous, vous les avez mis en cage comme des bêtes." Une violente dispute avait alors éclaté. Chaque fois que mon père et Karl se querellaient, quelque chose se brisait en moi..." (p. 61)

Cet extrait montre aussi la relation entre les deux frères, ratée sans doute par une trop grande différence d'opinion, l'un suivant aveuglément son père, l'autre s'ouvrant aux autres et à une pensée moins rigide. Et comme souvent l'individuel montre le collectif, le personnel touche l'universel. Comme dans son précédent roman, son héros a quitté l'Albanie pour la Grèce, puis y revient pour un décès et rencontre les Albanais restés au pays, chaque parti s'interroge alors sur ce qu'il a réussi ou raté si tant est que l'on puisse parler en termes de réussite ou de ratage. Gazmend Kapllani est lui-même un émigré albanais arrivé en Grèce puis aux États-Unis, il parle donc de ce qu'il connaît, de manière claire et remarquable. Un auteur qu'il faut absolument lire, édité chez les inévitables éditions Intervalles.