Le paquet, pièce pour un homme seul
EAN13
9782234064065
ISBN
978-2-234-06406-5
Éditeur
Stock
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Nombre de pages
86
Dimensions
18 x 13 x 0 cm
Poids
116 g
Langue
français
Code dewey
842
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Le paquet

pièce pour un homme seul

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Litterature Fra

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PERSONNAGE

HOMME

La pièce a été créée en janvier 2010 au Petit Théâtre de Paris, dans une mise en scène de l'auteur. Le personnage de l'homme était interprété par Gérard Jugnot.

Sur la scène, un banc public et à quelques mètres de lui une poubelle de ville. Un homme entre. La cinquantaine, pauvrement vêtu. Ses vêtements, quoique propres, semblent aussi fatigués que lui. Il a une barbe de trois jours. Il inspecte le lieu, regarde vivement à droite, à gauche, devant lui, face au public, il semble avoir une très légère réaction de satisfaction. Il tourne les talons et sort précipitamment par le fond. Quelques secondes se passent et on le voit revenir. Il traîne derrière lui un paquet, énorme, grand comme un corps, qui semble aussi lourd qu'un corps et qui en a vaguement la forme, épaules, tronc, jambes. L'emballage du paquet est constitué d'un tapis élimé ficelé avec des liens grossiers. L'homme a beaucoup de peine à le tirer. Il est très essoufflé. Il avise le banc. Il se dirige vers le banc en tirant son paquet. Il essaie de le hisser sur le banc. Il n'y parvient pas. Il le pose contre, au prix d'un effort important. Il s'assied. Reprend son souffle, s'éponge le front avec un grand et vieux mouchoir froissé. Vérifie les liens du paquet. Sourit.

Ouf...

Il semble prendre conscience de la présence du public. Il sourit de nouveau. Regarde son paquet. Regarde le public. Sourit encore. Baisse les yeux.

Je ne suis pas seul. Ne croyez pas ça.

Non, non... J'ai beaucoup d'amis. Beaucoup !

C'est important les amis. Je sais que moi, je ne pourrais pas m'en passer. Ce n'est pas nouveau, déjà tout petit, j'étais entouré d'amis.

J'attire les amis.

Je me fais des amis partout...

Il devient rêveur. Cela dure trois, quatre secondes. Puis il reprend, vivement.

Dans la cour de l'école, lorsque j'étais enfant, vous allez penser que j'exagère, mais tout le monde venait vers moi. Il suffisait que je m'asseye quelque part, sur un banc, et hop, deux minutes après, tout le monde voulait jouer avec moi. Les maîtres n'en revenaient pas. Je n'avais pas une seule minute pour être tranquille, pour apprécier la solitude.

C'était parfois un peu lassant...

J'avais beau changer d'école, on me changeait souvent d'école, parce que...

Il marque une pause, semble avoir perdu sa phrase.

C'est comme ça. Jamais seul. Jamais. Toujours entouré. Depuis tout petit. Ça n'a jamais cessé.

Il s'éponge le front, sourit, devient grave. Un temps. Soudain il se lève brusquement, se met au garde-à-vous et hurle :

« Comment faites-vous, caporal, pour être ainsi aimé de toute la chambrée ?

– Je ne sais pas mon lieutenant.

– C'est incroyable ! Je n'ai jamais vu cela !

– Moi je suis habitué mon lieutenant, tout petit déjà !!

– Les autres vous adorent, ce sont tous vos amis !

– Je sais mon lieutenant !

– Jamais on ne vous a fait la moindre brimade, même les plus cons vous respectent, aucune bite au cirage, aucune couille tartinée de pâte à dentifrice, aucune humiliation, rien de ces mesquines tortures qu'on réserve d'ordinaire aux bizus, aux gros ou aux faiblards ! rien !

– Oui mon lieutenant. »

Il arrête subitement de crier, se rassied, souffle, se tait.

De Bagnolet, il s'appelait ce lieutenant. D'ailleurs, entre nous on le surnommait « La Porte ».

Il rit de bon cœur.

Ahh... J'ai bien aimé le service militaire ! J'ai vraiment bien aimé. Oui, beau moment... d'une intensité, d'une force ! Oh là là là là ! Et puis toutes ces manœuvres, ces parades au printemps dans des villes pavoisées, devant des femmes en pamoison, ce parfum d'hommes dans la chambrée, l'absolue perfection des lits au carré, la propreté constamment javellisée des toilettes et des douches, les soirées arrosées de bonnes bières en canette durant lesquelles nos voix mêlées lançaient vers les cieux des chants patriotiques, l'absence de souci, la confiance mise dans nos chefs, dans leur extraordinaire intelligence, c'était merveilleux !

Mais un jour tout s'arrête. Tout s'effondre...

Il marque un temps. Semble faire un intense effort de réflexion.

Le monde est complexe, comme les gens qui le hantent.

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Il semble sortir de son rêve. Son regard, d'abord perdu, va vers le paquet. Il s'y accroche, reprend prise. Il remarque soudain quelque chose sur son paquet : une poussière ? Une saleté ? Il s'escrime avec sa main à la chasser, prend du temps pour faire cela. Il y réussit enfin.
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Commentaires des lecteurs

27 avril 2010

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