Fantômes, histoires troubles
EAN13
9782709630535
ISBN
978-2-7096-3053-5
Éditeur
Lattès
Date de publication
Collection
THRILLERS
Nombre de pages
250
Dimensions
22 x 13 x 0 cm
Poids
466 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
848
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Fantômes

histoires troubles

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Thrillers

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Dernier Cri?>Un mois avant la date limite de bouclage, Eddie Carroll déchira l'enveloppe de papier kraft qu'il avait trouvée dans sa boîte aux lettres, et un magazine s'en échappa, The True North Literary Review. Carroll avait l'habitude de recevoir des périodiques par courrier. Pour la plupart, c'étaient des revues spécialisées en récits d'épouvante, aux titres plus ou moins macabres. Des auteurs lui envoyaient aussi leurs livres, qui contenaient tous des histoires du même acabit. Chez lui, dans sa maison de Brookline, il y en avait un peu partout, empilés par terre, encombrant le canapé de son bureau, amassés près de la machine à café.Il aurait été impossible à une seule personne de les lire tous, pourtant, quand à trente ans à peine, il avait débuté comme éditeur de l'anthologie America's Best New Horror, qui publiait les meilleurs récits d'épouvante parus chaque année, il s'y était efforcé par acquit de conscience. Carroll avait supervisé l'édition de seize volumes, et donc consacré un tiers de sa vie à diriger cette collection, ce qui représentait des milliers d'heures passées à lire, corriger des épreuves, rédiger des lettres. Des milliers d'heures envolées à jamais.Il en était venu à détester tout spécialement les magazines en question, presque toujours imprimés avec une encre de mauvaise qualité qui lui tachait les doigts et dont l'odeur âcre le dégoûtait.Saturé, il arrivait rarement au bout des nouvelles qu'il commençait. Les histoires de vampires à connotations lourdement sexuelles lui donnaient la nausée. Quant aux pastiches à la Lovecraft, il essayait de tenir, mais à la première évocation des Grands Anciens, une drôle de sensation l'envahissait, semblable à l'engourdissement qui saisit un pied ou une main quand le sang n'y circule plus bien, au point qu'il se demandait avec effroi si cette partie de lui-même n'était pas... son âme.Peu après son divorce, son travail d'éditeur était devenu une corvée pénible qui ne lui procurait plus aucune joie. Parfois, pris d'une soudaine bouffée d'optimisme, il songeait à lâcher le pied, mais il renonçait vite à cette idée. Ce boulot, c'était sa principale source de revenus, douze mille dollars par an virés sur son compte, auxquels s'ajoutaient les quelques émoluments venant d'autres anthologies, de ses cours, et des conférences qu'il donnait ici et là. Sans ces douze mille dollars, il aurait été obligé de se trouver un vrai travail, à ses yeux le pire des scénarios qui soit.Quant à la True North Literary Review, il ne se souvenait pas l'avoir déjà eue entre les mains. Comme son nom l'indiquait, c'était une revue littéraire, dont la couverture en papier à gros grain était imprimée d'un dessin à l'encre représentant des pins inclinés. Un tampon au dos informait qu'elle était publiée par la Kathadin University, située au nord de l'État de New York. Quand il l'ouvrit, deux pages agrafées en tombèrent : la lettre d'accompagnement du rédacteur en chef, un professeur d'anglais du nom d'Harold Noonan.L'hiver précédent, Noonan avait été abordé par un employé travaillant à temps partiel dans l'équipe d'entretien du parc de l'université, un certain Peter Kilrue. Ayant appris que Noonan venait d'être nommé rédacteur de la True North et qu'il acceptait des contributions venant de l'extérieur, le gars en question lui confia une nouvelle en lui demandant de bien vouloir y jeter un coup d'œil. Noonan s'y engagea, plus par politesse qu'autre chose. Mais quand il se décida enfin à lire le manuscrit, il fut saisi par la vigueur, la subtilité du style, ainsi que par le caractère effroyable du sujet. Nouveau dans le métier, Noonan remplaçait tout juste Franck McDane, l'ancien rédacteur qui venait de prendre sa retraite après vingt ans de service, et il avait envie de publier des nouvelles qui « déménagent », pour donner au journal une nouvelle direction.« J'ai sans doute trop bien réussi mon coup », écrivait Noonan. Peu après la parution de la nouvelle, le chef du département d'anglais le convoqua en privé et lui reprocha violemment de s'être servi de la revue comme vitrine pour publier « de mauvaises blagues de potaches ». Près de cinquante personnes résilièrent leur abonnement, ce qui n'était pas rien pour un journal qui tirait à un millier d'exemplaires et, indignés, les anciens élèves dont les dons constituaient les fonds principaux de la True North retirèrent leur soutien financier. Noonan lui-même fut démis de ses fonctions de rédacteur, et Franck McDane accepta de reprendre du collier, répondant ainsi à la demande des abonnés qui réclamaient à grands cris son retour.La lettre de Noonan finissait ainsi :Je n'ai pas changé d'avis. Malgré ses défauts, cette nouvelle est une œuvre de fiction dérangeante, certes, mais remarquable, et j'espère que vous lui accorderez toute votre attention. Personnellement, ce serait pour moi une belle revanche et une justification si vous décidiez de l'inclure dans votre prochaine anthologie des meilleurs récits d'épouvante de l'année.Je pourrais vous en souhaiter une bonne lecture, mais je ne suis pas sûr que « bonne » soit le mot qui convienne.Avec mes sincères salutations,Harold Noonan.Eddie Carroll venait juste de rentrer chez lui, et il lut la lettre de Noonan debout dans l'entrée. Il feuilleta la revue pour revenir au début de la nouvelle et, toujours debout, lut cinq minutes d'affilée avant de s'apercevoir qu'il avait beaucoup trop chaud. Il ôta son veston, le suspendit et s'avança dans la cuisine.Après être resté un moment assis sur les premières marches de l'escalier à parcourir les pages, il se retrouva allongé sur le canapé de son bureau, la tête reposant sur une pile de livres, lisant à la lumière de fin octobre qui filtrait par la fenêtre, sans savoir comment il avait atterri là.Il dévora la nouvelle jusqu'à la fin, puis se redressa, en proie à une étrange exultation. C'était peut-être le récit le plus cruel, le plus horrible qu'il ait jamais lu, et ce n'était pas peu dire, venant de quelqu'un qui avait passé presque toute sa vie professionnelle à barboter dans le cruel et l'horrible. À force de patauger dans la fange malsaine de ces marécages, il avait découvert quelques fleurs d'une beauté indicible, et il était certain d'en tenir une. Il me la faut, se dit-il soudain et, revenant au début, il se mit à relire la nouvelle, intitulée Dernier cri.
C'était l'histoire d'une certaine Cate. Au début du récit, Cate est une adolescente de dix-sept ans introvertie, qui se fait un jour enlever par un géant à l'œil torve et aux dents cerclées de fer. Après l'avoir embarquée dans son break, il lui attache les mains derrière le dos et la balance sur le siège arrière... où elle découvre un garçon de son âge qu'elle croit mort, au tout début, et qui a subi une terrible mutilation. Sur les yeux, il a deux boutons jaunes, en fait des badges « smiley », qu'on lui a fixés en trouant ses globes oculaires, après lui avoir cousu les paupières avec du fil d'acier.Quand la voiture démarre, le garçon aussi se met à bouger. Il lui touche la hanche et Cate pousse un cri d'effroi. En tâtonnant, il remonte jusqu'à son visage. Il lui murmure qu'il s'appelle Jim, et qu'il voyage avec le géant, depuis que ce dernier a tué ses parents.— Il m'a fait des trous dans les yeux, et il m'a dit que juste après, il avait vu mon âme s'en échapper en faisant un joli petit bruit. Comme quand on souffle dans une bouteille de coca vide. Puis il m'a fixé ça sur les paupières, pour que ma vie reste piégée à l'intérieur, ajoute Jim en touchant les badges « smiley ». Il veut voir combien de temps je peux survivre sans mon âme.Le géant les emmène jusqu'à un terrain de camping désert situé dans un parc national des environs, et là, il oblige Cate et Jim à s'exciter en se caressant. Mais Cate n'y met pas assez d'ardeur à son goût, alors il lui taillade le visage et lui tranche la langue. Dans les hurlements et le chaos sanglant qui s'ensuivent, Cate parvient à s'échapper et s'enfonce dans la forêt. Trois heures plus tard, elle émerge sur la grand-route, chancelante, affolée, couverte de sang.Son ravisseur n'est jamais appréhendé. Lui et Jim quittent le parc national et se perdent dans la nature. Les enquêteurs...
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