Alex-Mot-à-Mots

https://alexmotamots.fr/

Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Nomadland

Jessica Bruder

J'ai Lu

8,40
21 juin 2021

Etats-Unis, retraite

C’est après être allé voir l’excellent film de Chloé ZHAO, après avoir lu la bande-annonce précisant que le film était tiré d’un livre que je me suis procurée le-dit ouvrage.

Ce n’est pas un roman, c’est le fruit de 3 ans de travail d’une journaliste : Jessica BRUDER qui s’est au départ interrogé sur le nombre croissant de camping-caristes ayant l’âge de la retraite.

Si il en existe avec d’immenses maisons sur roues, c’est une réalité toute autre qu’elle nous donne à voir.

Si vous avez vu le film, le livre ne raconte rien de plus. Vous n’avez pas vu le film ? Rendez-vous dans la salle de cinéma la plus proche.

Toutefois, le livre entre plus dans les détails (pas de personnage principal Fern) qui suit pendant 3 ans Linda May, LaVonne, Silvianne et Bob Wells, entre autre.

J’ai eu de la sympathie pour Linda May qui rêve d’une maison totalement construite par ses propres moyens en matériaux recyclés.

Nous découvrons chacun par petites touches. Leur point commun : un jour, ils n’ont plus pu payer leurs dettes et leur maison.

J’ai découvert le CamperForce organisé par Amaz*on de juillet à décembre pour aider lors des périodes de fêtes : les « sans adresse fixe » travaillent 10 heures par jour pour 9,50 dollars de l’heure. Le parking pour garer leur van leur est offert….

J’ai été outrée des publicités de recrutement vantant le fun du travail et les rencontres entre amis : les travailleurs sont tellement fatigués après leurs 10 heures de travail qu’ils ne rêvent que de se coucher.

Et les anti-inflammatoires sont en accès libre et gratuit dans les hangars….

En refermant le livre, je me suis demandée où était le rêve américain.

Quelques citations :

En Amérique, les derniers endroits gratuits sont les parkings.

Elle se répétait également un mantra appris aux réunions des Alcooliques anonymes : « Ne jamais renoncer avant que le miracle se produise. »

Le discours est surréaliste, mais il n’a rien de surprenant. Après tout, le positivisme est un mécanisme d’adaptation purement américain, voire carrément un sport national. L’écrivain James Rorty l’avait déjà constaté au moment de la Grande Dépression.

Pourquoi la sous-culture nomade est-elle majoritairement blanche ?

Dans les toilettes (de Amaz*on) je découvre à l’intérieur de ma cabine un nuancier de couleurs allant du jaune pâle à un terrifiant rouge marron. La légende me propose d’identifier laquelle correspond le plus à celle de mon urine. Verdict : je ne bois pas assez d’eau.

Elles disent aux nomades : « Votre voiture peut rester ici, mais pas vous. » La question de savoir si ces lois ne traduisent pas une dégradation des valeurs civiques dans ces villes a été largement ignorée.

https://alexmotamots.fr/nomadland-jessica-bruder/

Une femme de rêve
21 juin 2021

enquête

J’ai aimé ce roman à la fois policier et un brin rêveur.

J’ai aimé les personnages, tous plus vrais que nature, dont le portrait est brossé en quelques lignes mais qui sont crédibles du début à la fin.

J’ai aimé cette course-poursuite en pleine nature. Nature qui joue un rôle important au second plan.

J’ai aimé que le plan de Karmia ne se déroule pas sans accro, comme dans la vie….

Un roman passionnant.

Une citation :

Tout s’ubérise de nos jours. Même la mort. (p.228)

L’image que je retiendrai :

Celle des sons qu’enregistre l’audio-naturaliste pour un long métrage.

https://alexmotamots.fr/une-femme-de-reve-dominique-sylvain/

Femmes en colère, roman
18,00
7 juin 2021

#MeToo

Le moins que je puisse dire de ce roman, c’est qu’il m’a fait réagir.

J’aurais aimé être avec les jurés et leur glisser deux-trois trucs à l’oreille pour orienter leur vote. Ce qui me fait dire que l’auteur aurait pu être plus prolixe et glisser plus d’arguments lors des débats contradictoires.

J’ai aimé la façon dont le romancier nous parle de la libération de la parole et du #MeToo sans avoir l’air d’y toucher, tout en finesse, comme il sait si bien le faire.

J’ai aimé Mathilde Collignon et son geste. Je ne vous en dirais rien car l’auteur fait durer le suspens jusqu’à la moitié de son roman.

Mais imaginer les deux agresseurs après son geste m’a bien fait rire, et venge un peu toutes les femmes violées.

J’ai été effarée que le Président demande aux jurés de se prononcer sans émotion : qui peut penser et vivre sans émotions ?! Les dictatures, peut-être…

Et quelle conclusion : l’image finale est très forte et très juste.

Une lecture qui, j’en suis sûre, ne vous laissera pas indifférent-e.

Quelques citations :

Ce n’est peut-être pas de la légitime défense, comme vous nous la décrivez dans les textes de loi, mais c’est une légitime défense dans ce monde où les femmes ne sont pas écoutées quand elles crient, quand elles sont battues, quand elles sont violées. (p.78)

Les hommes sont promptes à nous montrer leur queue, sans qu’on le leur ai demandé, persuadé que ce spectacle nous excite follement. Et dire que c’est moi la barbare…. (p.96)

L’image que je retiendrai :

Celle du Président qui peu à peu devient moins froid et comptable et cherche à donner équitablement la parole.

Des hommes couleur de ciel

Éditions de l'Observatoire

17,00
7 juin 2021

attentats, Pays-Bas

Je ne savais pas à quoi m’attendre précisément en ouvrant ce roman, et j’ai reçu un uppercut.

Le récit commence alors qu’une bombe explose dans la cantine du lycée d’Alice, professeur de russe. Sous le choc, elle tient absolument à se rendre sur place pour faire son cour. Mais devant son établissement, le drame lui saute au visage à travers les parents d’élèves la sollicitant. On sent alors toute l’impossibilité d’Alice à répondre, elle qui n’en sait pas plus que ces parents angoissés.

Elle soupçonne bien un de ses élèves tchétchène. Un garçon buté qui se refuse à écrire en russe. Petit à petit, elle n’avait plus lu ses devoirs.

Dans le même temps, Adam est arrêté dans un café et incarcéré avec son cousin, qui tente de le tuer.

Nous suivons parallèlement Alice, la professeur de russe qui vient à grandit en Tchétchénie mais qui se sent pleinement intégrée – excepté quelques petits détails… – et Adam, venu lui aussi de Tchétchénie ou il s’appelait Oumar.

Pourtant, Adam avait une vie sans histoire, plutôt bon élève il avait réussi son baccalauréat. Et puis sa mère, son frère et son cousin sont arrivés le rejoindre.

J’ai eu de la peine pour la mère d’Adam/Oumar, vieille dame dépressive qui a fait front pendant la guerre dans son pays mais est complètement dépassée.

Hendrick, l’amant d’Alice m’a énervé d’ignorance et de nombrilisme.

J’ai eu parfois du mal à comprendre Alice, qui se clame haut et fort néerlandaise, mais qui reste enraciné à certaines traditions, et qui se demande à qui donner sa loyauté. J’ai aimé cette question sous-jacente de l’auteure : peut-on faire table-rase de son passé, de son pays et de sa culture de naissance ?

J’ai été émue par Adam/Oumar, victime des traditions de son pays, même en Europe. Un jeune homme qui rêvait de mener sa vie comme et avec qui il voulait et que la violence rattrape. Un jeune homme obligé de se cacher, de cacher ce qui fait son être.

J’ai été projetée dans une cellule anti-terroriste, j’ai senti la tension des policiers et la colère des parents de victime, l’incompréhension qui règne.

J’ai découvert la jolie image sur la couleur de ciel utiliser pour remplacer un mot que personne ne prononce car l’idée fait peur.

Un roman terrible sur le terrorisme.

Un roman tragique sur la culture ancestrale comme arme de destruction.

Une citation :

Quand le néerlandais s’enfuit, c’est que tu as laissé le passé absorber le présent. (p.55)

L’image que je retiendrai :

Celle du tee-shirt violet presque rose d’Adam/Oumar.

Une enquête de Lilith Tereia, Les Disparus de Pukatapu
7 juin 2021

Enquête, Polynésie

Je retrouve avec plaisir Lilith et Maema, cette fois sur une île à l’est de la Polynésie, où la navette ne passe qu’une fois tous les 4 mois.

Si elles y sont au départ pour écrire un article sur les conséquences du réchauffement climatique, une main apparue sur le sable va vite les détourner vers une enquête plus policière, car les morts s’accumulent.

Que cache Hotz, le prêtre de la petite communauté ? Que ne veut pas dire Kumi-Kumi, le chef du village ?

Hotz est un personnage inquiétant, qui ne cherche pas à comprendre les us et coutumes de ses ouailles mais veut imposer coûte que coûte sa religion, tel un gourou.

Et puis Maema va de plus en plus mal.

J’ai aimé que l’auteur nous présente dès les premières pages cet atoll comme le paradis sur terre, pour ensuite déconstruire petit à petit cette vision idyllique de l’île de rêve.

En parallèle, nous suivons Franck qui, après avoir volé un bateau à l’île de Ré, fait naufrage pas loin de l’îlot L69. Il est recueilli par les scientifiques qui lui applique une étrange texture sur ses pieds abîmés par les coupures du corail.

J’ai trouvé amusant que l’auteur ne décrive pas de courses-poursuites en voitures comme c’est souvent le cas dans les romans policiers, mais une tempête en pleine mer sur un bateau qui prend l’eau. C’est plus couleur local.

Une enquête encore une fois passionnante et qui met au jour les ravages des essais nucléaires français dans le Pacifique.

L’image que je retiendrai :

Celle de Poerani tenant serrée contre elle une poupée toute abîmée.